Les effets du prix du carbone sur les producteurs agricoles

L’agriculture au Canada est largement tributaire du prix des combustibles fossiles pour le fonctionnement de la machinerie et la production des engrais. Une taxe sur le carbone augmenterait vraisemblablement le prix des combustibles fossiles.

Pour les agriculteurs, cependant, les répercussions d’une taxe sur le carbone ne sont pas aussi importantes, ni aussi volatiles que d’autres facteurs, surtout si cette taxe est minime et augmente graduellement, de manière prévisible, avec le temps. Au Canada, par exemple, on constate que le prix du carburant pour la machinerie agricole a augmenté de 25 % en 2011 par rapport à 2010. De plus, au cours de la même période, le prix des engrais a augmenté de 29 %[1]. Les prix des marchandises, qui déterminent le revenu que reçoivent les agriculteurs pour une période donnée, sont eux aussi très volatils[2].

Les effets d’une taxe sur le carbone seront minimes, si on le compare aux répercussions des changements climatiques sur l’activité agricole future à long terme si les émissions de CO2 ne sont pas réduites.

En mars 2013, un rapport de Canada 2020 concluait que « [traduction] Les conditions climatiques incertaines et les conditions météorologiques extrêmes sont des réalités incontestables pour l’avenir de l’agriculture au Canada, et même si des hausses de température et des taux élevés de CO2 étaient bénéfiques au début, il est peu probable que ces effets positifs demeurent. De plus en plus de preuves tendent vers des seuils de température et de CO2, au-delà desquels ces niveaux vont plafonner ou diminuer. Ces risques doivent être pris en charge et des politiques doivent être adoptées pour les réduire[3]. »

Rappelons également qu’une taxe sur le carbone offrira aux agriculteurs et aux éleveurs de bétail une possibilité sur le plan économique lorsque la demande en carburants sans carbone augmentera. Les responsables du développement de l’énergie éolienne louent des terres aux agriculteurs afin d’ériger des turbines. Des parcs solaires pourront aussi remplacer les champs cultivés qui ne tirent pas assez de revenus de l’agriculture traditionnelle.

En fin de compte, les coûts supplémentaires d’une taxe sur le carbone n’ont rien de comparable avec la volatilité associée aux changements climatiques. Une hausse graduelle et prévisible de la taxe sur le carbone donnera la chance aux agriculteurs de faire l’équilibre avec cette volatilité grâce à un apport financier régulier provenant de ressources renouvelables, que permet d’obtenir le partage de leurs terres.

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[1]Agriculture et agroalimentaire Canada, Canada : achat de carburant et d’engrais dans les exploitations agricoles (mars 2012) Gouvernement du Canada, www.agr.gc.ca/fra/industrie-marches-et-commerce/statistiques-et-information-sur-les-marches/par-produit-secteur/cultures/information-commerciale-sur-les-cultures-industrie-canadienne/rapport-sur-les-perspectives-du-marche/canada-achats-de-carburant-et-d-engrais-dans-les-exploitations-agricoles-mars-2012/?id=1378845446435 (consulté le 5 avril 2014)

[2]Agriculture et agroalimentaire Canada, Vue d’ensemble d’un système agricole et agroalimentaire canadien 2009 » Gouvernement du Canada. www.agr.gc.ca/fra/a-propos-de-nous/publications/publications-economiques/liste-alphabetique/vue-d-ensemble-du-systeme-agricole-et-agroalimentaire-canadien-2009/?id=1261159658146 (consulté le 5 avril 2014)
[3]Sophie Oliver, What does a changing climate mean for Canadian agriculture? Canada 2020, http://canada2020.ca/wp-content/uploads/2013/03/Canada-2020-Analytical-Commentary-No.-2-Agriculture-and-Climate-Change-14-March-2013.pdf (consulté le 8 mars 2014)